Courrier 6
De Punta Arenas à Ushuaïa
Olà todos !
Nous revoilou pour les dernières nouvelles.
A Punta Arenas nous prenons le ferry pour traverser le détroit de Magellan ; ce nom fait rêver, les grandes expéditions … 2h30 de traversée ; on retrouve le couple de Japonais.
Arrivés à Porvenir, 2 possibilités s'offrent à nous pour aller à San Sebastian, soit suivre la route côtière, soit passer par la montagne. On passe par la montagne, Katashi et Yoshiko viennent avec nous..c'est sûr que c'était magnifique mais il nous a fallu grimper pendant 20 km jusqu'à 530m. Superbe vue sur le détroit mais le vent est très violent ; il nous pousse, nous bouscule, je tombe sans me faire mal. Arrivés en haut, nous roulons pendant 8km sur un plateau ; les Japonais ont beaucoup de mal avec leurs grandes roues et leurs pneus étroits. On les dépasse, grande descente qui nous fait rejoindre la piste côtière. Difficile de trouver un endroit abrité du vent pour bivouaquer. Une petite butte, on franchit la clôture pour aller voir, on plantera la tente ici pour la nuit. On se fait la popote sous la tente, moi sous mon duvet. Ce soir c'est riz et c'est tout parce qu'on a très peu d'eau, on n'avait pas fait le plein...
Le jour suivant, le vent est toujours aussi violent, il nous pousse, c'est super ; on pédale peu, un régal. Paysage de steppe, beaucoup de guanacos qui nous regardent et gambadent à notre passage. Très peu de voitures. On passe devant un abri qui est le bienvenu pour pique-niquer.
C'est à croire que l'endroit est connu ; les murs sont tapissés de mots de voyageurs à vélo du monde entier qui vont à Ushuaïa ou en sont partis. Que d'aventuriers ! On continue et on passe la frontière Chilienne puis la frontière Argentine et là, les douaniers nous proposent de dormir dans la pièce de repos destinée aux routiers : génial ! Il y a une cuisinière pour se faire la popote et des douches chaudes. Les Japonais arrivent 2 heures après nous ainsi qu'un jeune couple de Polonais qui viennent de passer 6 mois comme bénévoles dans un foyer pour enfants maltraités en Équateur. Soirée très sympa.
Sitôt passée la frontière argentine, la route est goudronnée et le restera jusqu'à Ushuaïa ; ça la fout mal pour les Chiliens...
On a mangé notre pain blanc avec le vent dans le dos, maintenant il souffle latéralement, c'est moins facile.
On longe l'océan atlantique toute la journée. Entre la route et la mer, des puits de pétrole et de gaz, des estancias immenses et la steppe sans aucun arbre.
On avance relativement vite ; à 13h on est déjà à Rio Grande et on a fait 75km. On se fait un petit plaisir: aller au resto le midi. Un chauffeur de taxi nous indique le comedor de la police municipale, style cantine d'entreprise. Super menu pour 20 pesos chacun ( 3,40€ ), incroyable ! Les maisons de Rio Grande sont en bois, très colorées; avec une recherche architecturale intéressante.
Pour sortir de la ville, le vent de face est tellement violent qu'on fera 3 km à pieds en poussant les vélos jusqu'à ce que la route tourne.
Ensuite, c'est le bonheur, on a du mal à arrêter de rouler ; on se pose quand-même dans une estancia vers 18h30.On aura fait 126 km aujourd'hui. Je demande si on peut dormir quelque part parce que le vent est trop violent pour monter la tente, et on nous propose une maison désaffectée mais très jolie, avec un poêle et du bois autant qu'on veut.
On se fait un feu d'enfer. Cette estancia a été fondée en 1902 à la demande des Indiens Selk'nam, en partie pour les protéger. Ils ont 25000 ovins et 400 vaches. Ils font aussi auberge mais je ne le savais pas, sinon je n'aurais pas osé demander à être hébergé. Le vent souffle toute la nuit très très fort ; le ciel est splendide. Même dans la journée, le ciel est magnifique, une lumière incroyable à travers les nuages lenticulaires. Je m'arrête souvent pour le regarder.
L'étape suivante est Tolhuin, plus difficile, vent en alternance de face ou de coté, il faut appuyer sur les pédales pour avancer. Tolhuin est un très joli bourg au bord d'un grand lac, le lago Fagnano.
Nous allons à la panaderia La Union où on est accueillis les bras ouverts. C'est un endroit comme la casa de los ciclistas de Villa Manihuales. Les propriétaires logent et nourrissent les voyageurs à vélo gratuitement. Évidemment le message circule parmi les vélocipédistes. Ce sont des gens d'une générosité incroyable, mais il faut dire que les Patagons sont très hospitaliers. Toute l'équipe de la boulangerie a à cœur de nous être agréable. Je me régale à aider une dame qui fait des empanadas. Elle me donne toutes les recettes que je veux, j'en profite. Je l'aide à désosser du poulet pour faire ses empanadas et pendant ce temps on discute, c'est vraiment sympa.
On étend notre lessive dans le fournil où il fait bien chaud, ça paye... ; ça ne dérange personne. Ces gens sont particulièrement hospitaliers et généreux. Le matin on a droit à un petit- dèj pantagruélique avec brioches, churros chauds, un régal. Ils refusent même qu'on paye le pain qu'on veut acheter pour emporter, c'est inimaginable.
Ce matin le vent est violent et ils insistent pour qu'on reste une journée de plus mais nous prenons la route, il y a de toute façon toujours du vent ici. Nous longeons plusieurs lacs et passons par le col Garibaldi, il a neigé la nuit dernière et nous préférons franchir le col aujourd'hui. La montée est magnifique mais une fois au col, le vent est d'une violence telle, qu'on est obligés de pousser les vélos. On redescend de l'autre coté pendant 15 km pour perdre de l'altitude parce qu'il fait vraiment froid. On passe devant un campement de l'équipement avec des engins de déneigement et des baraquements ; stop, on s'arrête là .Je frappe à une porte pour demander l'hospitalité et comme d'hab on se retrouve dans une maison bien chauffée où on peut se faire la popote. Deux jeunes mecs sont de garde ; les équipes se relaient tous les 3 jours.
Nous sommes à 38 km d'Ushuaïa, une petite étape que nous faisons sans aucun vent, nous délectant des derniers kilomètres à parcourir. Très vallonné, ça grimpouille jusqu'à 7 ou 8 km avant Ushuaïa, puis longue descente, petit coup de cul juste avant la fin, histoire de nous tenir en haleine jusqu'au bout. Plus on avance et mieux on aperçoit les glaciers autour d'Ushuaïa. Ça y est, le canal de Beagle est en vue et la ville, toute colorée. On y est... Le voyage est presque fini. Nous avons pédalé 3400 km.
Le bout du monde, que rêver de mieux pour finir un voyage....
Quelques jours passés à Ushuaïa ; une rando vers les glaciers autour, excursion sur le canal de Beagle pour aller voir l'ile aux cormorans impériaux, les pingouins, les lions de mer et visite de l'estancia Haberton. Le cap Horn ce sera une autre fois, il nous faudrait plus de temps.
Nous sommes sur le retour mais nous allons encore bien profiter des derniers jours passés à Buenos Aires, visite, tango, petits resto et un.... pisco sour pour fêter notre voyage.
Derniers moments privilégiés des nomades heureux que nous étions le temps du voyage. L'autonomie et la liberté qu'offre le vélo sont immenses.
Merci à vous tous qui avez voyagé avec nous en suivant de près ou de loin notre petite aventure, nous faisant parvenir mails ou messages, nous soutenant, nous encourageant.... C'était à chaque fois un grand plaisir de vous lire.
Muchos besos .