De Villa O'Higgins à Punta Arenas

Publié le par vadrouillavelo

 

Courrier N° 5

 

De Villa O'Higgins à Punta Arenas

 

Holà !

Ça se précise, on est arrivé à Punta Arenas aujourd'hui ! Plus que 460 km pour Ushuaïa, c'est presque comme si on y était...

Mais revenons à Villa O'Higgins, où nous vous avions laissé aux dernières news.

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 Avec les jours qui passent, bloqués comme nous l'étions, les voyageurs à vélo arrivent : on retrouve Jason, un Américain qui est parti d'Alaska il y a 2 ans et demi, on avait passé la soirée avec lui à Manihuales ; Sonja, une Suisse qui voyage avec un vélo acheté au Pérou et qu'elle a équipé de poubelles en plastique en guise de sacoches, elle paye !

 

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On retrouve aussi Julie et Jean-Baptiste avec lesquels on avait fait un bout de chemin, et d'autres qu'on ne connait pas. On a attendu pendant 8 jours que le bateau parte. Celui qui fait traverser habituellement est un catamaran de la compagnie Hielo Sur, mais faute de carburant, c'est un privé qui a un petit bateau dans un piteux état, mais aux normes, qui nous fait traverser.

 

 

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 Nous voilà partis, 19 vélos dans ce petit bateau plus toutes les sacoches, sacs poubelle et autres guitares, et les 19 cyclos ; il fallait voir ça... On faisait vraiment boat-people.

 

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 La traversée qui dure 3 heures habituellement va durer 5h30 ; heureusement il fait beau, c'est agréable, le lac est superbe, tellement grand qu'on se croirait sur la mer ; au bout d'une heure, tout d'un coup, le moteur s'arrête, on est au milieu du lac, petite inquiétude à bord, le bateau dérive allègrement pendant une dizaine de minutes ; ouf, il repart, ce n'était qu'une courroie qui s'était détendue. On a eu droit 3 fois au coup de la courroie pendant le voyage. Toute la traversée se passe bien jusqu'à un endroit, une heure avant d'arriver, où le lac s'ouvre vers des glaciers ; le vent se met à souffler très fort , des vagues nous aspergent, ça tangue, c'est affreux ; beaucoup sont malades ; on fait le gros dos et on attend d'accoster.

 

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A l'arrivée, il y a une estancia et un km plus loin, les carabineros, mais c'est tout ; plus personne ne passe par ici et donc pas de chevaux à louer pour porter les sacoches ; on s'y attendait un peu. On passe la nuit dans une cabane en bois avec trois autres cyclos ; il y a juste la place pour nous 5 ; lever à 6h parce qu'on se doute que la journée va être longue. Dès le départ, ça grimpe dur. Après 2 virages, il faut déjà mettre pied à terre et pousser. C'est tellement raide que je dois m'arrêter tous les 2 pas ; le chemin est très caillouteux, les pneus n'accrochent pas. Le calvaire va durer 5 km : c'est la première fois du voyage où je me suis demandée ce que je faisais là... Mais heureusement c'est tellement beau ! Après 5 km, on peut enfin monter sur le vélo et pédaler; ça monte mais c'est roulable, il faut mettre pied à terre quand-même de temps en temps. Parfois il y a des petites descentes mais le chemin est plein de cailloux ou de gravier si bien qu'il faut souvent jouer aux équilibristes. Dans une descente dans la forêt, je roule sur un gros morceau de bois que je vois trop tard, je ne peux pas l'éviter et ma roue arrière chasse brutalement, je passe par dessus le vélo … première gamelle. J'atterris tête première, le nez par terre, mes lunettes se tordent, heureusement que j'avais le casque … je prend un bon coup sur la pommette et mon genou tape sur des pierres. Je ris toute seule, maintenant en décrivant la scène. Sur le moment je riais moins, j'avais mal au genou mais heureusement il ne s'est pas tordu, c'était juste la douleur du choc. Une petite dose d'arnica, un peu d'eau fraiche sur le visage et c'est reparti. S'il y a un endroit où il ne doit rien arriver, c'est bien ici...

 

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On continue à rouler jusqu'à la frontière argentine et là le chemin qui était mauvais mais large, devient une sente très étroite. Il y a encore 8 km à faire jusqu'au lago Desierto. Le Fitz Roy est face à nous, majestueux. Il nous est apparu pour la première fois au sortir de la forêt, c'était magnifique, ensuite il ne nous a plus quitté. On a une chance inouïe, une tempête de ciel bleu, pas un seul nuage de toute la journée. On casse la croute au col et au moment de repartir, le copain James arrive d'en bas à pied : il a fait tout le chemin jusqu'au Lago Desierto, a posé son vélo et est remonté en courant pour prendre le mien, et le descendre, c'est vraiment sympa. Je prend le sac à dos de Pierre, (on a mis les sacoches avant sur le porte bagages arrière parce que le chemin est une ornière par endroits et les sacoches touchent) et on descend. On pousse ou tire le vélo sur 8 km ; on patauge dans la boue, traverse des ruisseaux en poussant le vélo.

 

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 Parfois il faut le porter pour passer des troncs d'arbres. Je retrouve mon vélo, posé contre un arbre ; il me reste 3 km à faire. Arrivés à Lago Desierto, crottés, fatigués, mais pas du tout les derniers. Toute la bande de jeunes est derrière nous... Le paysage est féérique avec le Cerro Fitz Roy face à nous ,entouré de glaciers avec plein de cascades dont les eaux dévalent dans le lac … quelle récompense !!!

 

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Nous embarquons sur un beau bateau, rien à voir avec le rafiot du Lago O'Higgins. 40 minutes de traversée dans un paysage de rêve. Le lendemain, après 37 km de ripio, nous arrivons à El Chalten : restau, filet de bœuf à la plancha avec des frites et une bière, hummmmmmmm.... quel régal !!!

Nous connaissons El Chalten pour y avoir randonné l'an dernier ; nous n'y passons donc qu'une nuit et prenons un bus pour El Calafate ( nous avons vu le glacier Perito Moreno l'an dernier) puis Cancha Carrera. On descend en pleine pampa, on croise 2 jeunes français de Béziers qui ont démarré leur tour du monde de 2 ans à Ushuaïa ; très sympa. On passe à Cerro Castillo et on continue vers Torres del Paine. Des guanacos paissent tranquillement sur le bord du chemin.

 

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  Vers 19h, on plante la tente dans une estancia, en pleine steppe : 35000 brebis et 700 vaches, 15 personnes y travaillent.

Il a plu toute la nuit, le ciel est très couvert, on entre dans le parc de Torres del Paine. Il pleut, c'est dommage, on ne voit ni les glaciers, ni le paysage qui est grandiose en temps normal. On pensait laisser les vélos quelque part et partir en rando 3 jours, mais ça n'en vaut pas la peine si on ne voit rien. On traverse tout le parc à vélo pendant 2 jours ; ce n'est qu'une succession de lacs glaciaires tous plus beaux les uns que les autres, certains avec des flamands roses

 

 

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 Les troupeaux de guanacos sont en pleine sécurité ici et ne se sauvent pas à notre approche, les nandus qui sont beaucoup plus craintifs, non plus ; ils ressemblent à des autruches en un peu plus petits.

 

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 De temps en temps, les nuages laissent apparaître le massif somptueux. Quel dommage de louper ça … On dort en camping parce qu'il est interdit de faire du camping sauvage dans le parc. La douche chaude est la bienvenue, on est transis de froid.

Il y a eu un immense incendie dans le parc il y a 2 mois, ce serait une pyromane israélienne qui aurait mis le feu. Le parc est ouvert de nouveau au public depuis peu ; c'est assez catastrophique, on roule parfois pendant une heure dans une zone brulée.

 

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Le dernier jour, le ciel est un peu moins bouché, je suis tellement frustrée de quitter le parc sans avoir vu les glaciers, qu'on va jusqu'au glacier Grey ; certes, le chemin ne nous permet pas de le voir de près mais on l'aperçoit bien quand-même. Des icebergs se détachent régulièrement du glacier et viennent s'échouer au bord du lac.

 

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Route vers Puerto Natales ; il pleut de nouveau. Jolie petite ville très touristique ;

 

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il y a beaucoup d'agences qui organisent des excursions vers Torres del Paine. Vu le temps, on va dans une hospedaje, chez des gens. Un Chilien, guide de voyage habite là aussi. Il parle parfaitement français. Il a vécu à Paris avec sa femme et ses filles sous la dictature de Pinochet pendant 10 ans, puis il est rentré au Chili. Il avait été emprisonné au Chili avec beaucoup d'autres et le gouvernement leur a dit: « soit vous restez en prison, soit vous partez « .Il a choisi de partir en France. Les gens de l'hospedaje sont très sympas aussi ; le monsieur est pêcheur de crabes. On s'en est fait une ventrée !!! On en a même emporté pour le pique-nique du lendemain.

Cap sur Punta Arenas. On va regonfler les pneus dans une station service avant de partir parce que le ripio est fini pour un moment ; on va avoir le plaisir de rouler sur du bitume, ma chère...

La route est plutôt plate, paysage de steppe avec des estancias assez régulièrement .

 

 

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On passe devant un grand troupeau de lamas. On avance bien, très peu de vent. A 13 h, on s'arrête manger notre crabe, le demi-kilo restant, avec de la mayo, super pique-nique. Au moment de partir, arrive un couple de Japonais à vélo, dans nos ages pour une fois. Ils viennent de Lima et vont aussi à Ushuaïa : Respect... On convient de se retrouver à Morro Chico, pour bivouaquer ensemble mais à 19h30, on passe devant une estancia ; il nous reste 10 km à parcourir, on ne veut pas risquer de rouler de nuit et l'idée de dormir dans une estancia nous plait bien. On entre et on demande si on peut planter la tente quelque part ; le gaucho nous propose de dormir dans une pièce, super... et nous dit de nous installer et ensuite de venir manger, génial !!! On mange avec les deux gauchos qui tiennent l'estancia, et la cuisinière ; la duenia habite Santiago. Super repas : une casuela délicieuse avec plein de viande puis un plat de pâtes et de haricots. Quelle hospitalité ! Ils s'occupent de 2500 brebis et 250 vaches. Tous les matins, ils partent à cheval voir les troupeaux dans les parcs, et l'après-midi, ils travaillent à l'estancia.

 

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Le matin, un des gauchos est venu nous chercher pour boire le café mais on était déjà entrain de déjeuner. On les a vu partir à cheval à 8h ; leurs chevaux sont superbes, très musclés. On se confond en remerciements et on prend la route nous aussi. Pas de vent, mais il se met à souffler en milieu de matinée. Le temps se couvre de plus en plus, donc on avance.

 

 

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 Globalement on a le vent de coté mais par moments on l'a dans le dos. On fait des journées entre 100 et 115 km. Beaucoup de guanacos dans la steppe ; ils hennissent presque comme des chevaux qui auraient la voix enrouée.

 

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Ils courent très vite et sautent les clôtures comme des biches Bivouac de nouveau.

 

 

 

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 On approche de Punta Arenas et on longe le détroit de Magellan ; on dirait une mer.

Arrivée à Punta Arenas. C'est une grande ville avec ses 130000 habitants mais on se croirait dans un village patagon très étendu ; très peu de bâtiments en dehors du périmètre autour de la Plaza de Armas ; essentiellement des maisons en bois aux toits colorés mais aussi de belles demeures des barons de la laine.

 

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 Cette ville a connu son essor grâce à l'industrie de la laine, à la recherche pétrolière à la pêche et à sa position sur le détroit de Magellan. Les jours précédents, pendant qu'on était à Torres del Paine et à Puerto Natales et qu'il a tant plu, il y a eu de terribles innondations à Punta Arenas. La ville a été envahie de tonnes de boue ; c'est au milieu de ce capharnaüm qu'on arrive ; pas terrible... Il est très difficile de se balader dans les rues.

 

 

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 On passe 2 nuits ici et on prend le bateau demain matin pour traverser le détroit de Magellan. Dernière ligne droite, heueueu…...., si on peut dire . Si le vent nous est favorable on sera à Ushuaïa dans une petite semaine.

Muchos besos a todos..

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Docno75 21/03/2012 16:38

Merci à Christiane et Michel de rappeler que ce sont eux "les limaces" ! J'allais le faire sinon…

Encore un grand bravo pour ce blog, le texte , les photos, comment prenez-vous le temps de faire tout ça ? Qu'est-ce que cela donne envie d'aller là-bas! Mais ça se mérite !

Content d'avoir eu enfin une description détaillée de la traversée après O Higgins. J'étais persuadé qu'il fallait pousser le vélo tout de suite après avoir débarqué, la chute de Suzon nous prouve
le contraire ! C'est bien plus loin qu'il faut crapahuter et porter, donc...

Je vous avais dit que le passage près du Fitz Roy était un grand moment pour ce que l'on m'en a dit, vous avez eu un pot extraordinaire d'y avoir le ciel bleu…

Par contre pas de chance pour vous pour le parc de Torres del Paine, mais c'est le problème de tous ces voyages dans des climats de type arctique, on ne peut pas compter sur le temps, on le prend
comme il vient ! J'en sais quelque chose pour avoir été en Alaska et Norvège…

Enfin Ushuaia s'approche, il parait qu'il y a alentour de magnifiques randos pédestres, vous saurez bien les trouver.

J'ai retrouvé dans des notes anciennes l'existence de la ville la plus australe du monde (Puerto Williams au Chili, plus au Sud qu'Ushuaia !), et j'avais noté l'existence du trek le plus austral du
monde, las Dientes de Navarino, 4 jours de marche pour 53 kms, mais à ne pas entreprendre après la mi-avril ! Bon, on ne peut pas tout voir ! Bonne continuation à vous deux, on vous embrasse

JN

Annick Patrice Gaston 18/03/2012 22:17

Et on continue le voyage vers le Sud,vers le froid ! ça me fait vraiment rêver, çà oui !! Heureusement que vous aviez vu le Perito Moreno l'an dernier !! Vous avez eu une super chance quant à la "
tempête de ciel bleu"( !! )et quant à la vue sur le Fitz Roy, veinards !!!
Je vous embrasse ! Annick

durand cathy 18/03/2012 20:30

déjà Ushuaïa dans une semaine mais quel beau voyage , bravo à vous deux vous suivre nous donne de la joie et l'envie de partir un jour aussi sur vos traces pas en vélo pour moi mai autrement ,
merci de nous faire partager votre voyage , on vous attend pour nous raconter bisous cathy

durand francis 18/03/2012 20:28

"les limaces " votre surnom ds le milieu CCIste,je ne le savait pas, il sont vraiment dur car vs n'en bavez jamais seulement quand vs lisez les récits d'autres ccistes que vous aimeriez faire
...Dommage pour la rando ds le parc du Paine, si Suzon n'était pas si préssée de rentrer vs auriez pu attendre une fenetre de beau temps ! mais bon la pluie ca va un moment ... Derniere ligne
droite Suzon met toi bien à l'abri du vent derrière Pierre ne le lache plus à moins que tu ne preferes l'aide d'un jeune américain, bises à vous et surtout pas d'imprudence !!!

mimilajolie 18/03/2012 16:51

Ouahhh... toutes ces aventures et même pas peur de la noyade dans les coulées de boue sur les pentes abruptes calcinées (je résume toutes les photos)!!! Il faut vraiment être djeunes ou ...
japonais!
Faites bien attention à vous quand vous regarderez vers l'Antarctique: un plongeon dans l'océan par dessus le guidon est si vite arrivé!
Je pense énormément à ma Suzon (and partner) auprès de mon feu de bois où mijote une bonne daube aux carottes (on se venge avec ce qu'on peut!!!) Grosse bise, Mimilajolie.