De Bariloche en Argentine à Coyhaique au Chili

Publié le par vadrouillavelo

 

De Bariloche à Coyhaique

 

 

Nous avons bien avancé depuis les dernières nouvelles mais reprenons là où nous en étions … P1030396

                 Bâtiment colonial à Mendoza

Bus de Mendoza à Bariloche ; on s'est finalement pointé au terminal de Los buses avec nos billets en mains. Quand le chauffeur a vu nos vélos, il a levé les bras au ciel mais à notre air tellement naturel, il a accepté de les embarquer mais sans aucune précaution : il les couche l'un sur l'autre et empile par dessus les valises des gens qui font la queue pour monter dans le bus ; décidément, ces vélos sont maudits... Il n'y a pas d'autre solution, le bus est plein et il faut que toutes les valises entrent. Je suis contrariée, mon pauvre vélo tout neuf...Après 18 heures de voyage, on arrive à Bariloche ; on récupère nos vélos, impeccables. La température a nettement chuté, il doit faire entre 15 et 20°. P1030411

 

Manifestation du personnel hospitalier à Bariloche

 

Auberge de jeunesse très sympa. Bariloche a une architecture de montagne à la mode patagonne avec alliance de pierre et de bois, c'est une très belle ville au bord du lac Nahuel Huapi, entourée de hauts pics qui dépassent allègrement les 2000 m d'altitude. C'est à la fois une station de ski l'hiver et un départ de randos dans les Andes. Énormément d'agences proposent du rafting, du kayak, des randos à cheval. Le lac est recouvert de cendres du volcan qui a fait irruption il y a 3 ans, ça fait un drôle d'effet.

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 le nuage de cendre qui plane sur Bariloche

 

Bariloche est la capitale du chocolat ; une boutique sur 2 est une chocolaterie ; on en fait évidemment une cure parce qu'on est en manque, mais il faut dire qu'on est exigeants et qu'on le trouve moyen. Ça nous fait bizarre de nous retrouver dans une ville avec tout ce monde après l'isolement dans lequel on était depuis un bon moment, si bien qu'on n'a pas envie de s'attarder trop longtemps et le lendemain on continue notre route pour franchir la frontière vers le Chili en traversant le lac Nahuel Huapi et le lago Todos los Santos. Le vent a changé de sens et ramène la cendre du volcan qui crache toujours. La ville est recouverte de cendre et on ne voit pas à 100 mètres. L’une des plus belles régions touristiques de l’Argentine est dévastée par la nature, el Cordon Del Caulle crache depuis 3 ans. Dur de pédaler dans ces conditions, mais vivre au quotidien ici semble être une réalité qui nous dépasse. Tous les jours, des personnes sont chargées de déplacer à la pelle la cendre. Il nous faudrait un masque mais on n'en a pas, tant pis ; heureusement on ne va pas loin, on n'a que 28 km à faire pour rejoindre Puerto Panuelo.P1030428-copie-1 Le matin on embarque ; superbe traversée sur ce lac entouré de montagnes couvertes de forêt avec de temps en temps des glaciers. On prend plusieurs bateaux.

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Nous prenons du plaisir à glisser sur l’eau sans effort. Le ripio de 27 km entre les deux lacs n'est pas facile ajouté au stress à l'idée que le bateau parte sans nous, parce qu'évidemment tous les passagers sont en bus...Le passage de la frontière se fait dans la jungle

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bien sûr tous sont passés depuis longtemps et les douaniers ne sont plus là, la cabane est vide... Que faire ? On est tenté de continuer notre route mais il nous faut un tampon sur notre passeport. On se met à la recherche des mecs qui sont sensés garder la frontière, on appelle dans la forêt, personne ; au bout d'une bonne heure, on voit quelqu'un arriver, complètement ahuri de nous trouver là, personne ne lui avait dit qu'il y avait des cyclistes à la traine ; il nous remercie d'avoir attendu, et se confond en excuses et du coup ne nous fouille pas ; les douaniers chiliens sont très pointilleux et vont à la chasse à la moindre denrée fraiche : fruits, légumes, yaourts; zut alors, si on avait su... On a laissé des fruits sur le bateau . Ils fouillent systématiquement tout le monde. Arrivée à Pétrohue ; on est abordé par une famille chilienne qui voyage à vélo, ils remontent vers le nord ; des gens très chaleureux, ils nous donnent l'adresse d'amis à eux qui habitent sur la carretera austral chez qui on peut passer et les appellent pour leur en parler. C'est vraiment sympa. On pousse jusqu'à Ensenada, puis on longe le lago Llanquihue, étape déjà faite l'an dernier. A Puerto Varas, hospedaje Hellwig, maison coloniale allemande, la plus vieille de la ville, recouverte d'écailles de poisson en bois comme sur l'ile de Chiloé ; on passe la soirée avec 4 jeunes artistes dessinateurs et une femme avec sa fille ; soirée de partage très chouette.

A partir de Puerto Montt, on est sur la mythique Carretera austral, qu'on va suivre jusqu'à Villa O'Higgins et qui est en grande partie que ripio pendant … 1240 km. P1030719

 

                    étonnant de voir encore son nom honnoré...

 On longe la côte pacifique, les maisons sont en bois colorées et recouvertes de tuiles en alerce comme à Chiloé, on s'y croirait. Le paysage est superbe, c'est marée basse, les bateaux des pêcheurs sont couchés sur le flanc et attendent que la marée remonte.

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 Parfois on s'éloigne de la mer et on a de sacrés raidillons dans la montagne. On croise deux vieilles dames qui marchent sur le bord de la route en s'aidant d'un bâton ; on leur demande si on peut planter la tente quelque part par là et bien sûr, elles nous proposent de venir chez elles.

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 Ce sont 2 sœurs, elles habitent avec leur frère dans une cahute en bois et ont des vaches, des cochons et des poules.

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On plante la tente dans le pré des vaches et 10 minutes après, elles arrivent avec du pain tout chaud qu'elles viennent de faire, du fromage de leurs vaches et des œufs. Le frère nous fait gouter de la chicha, un genre de cidre un peu fermenté. C'est vraiment un autre monde. Toutes ces rencontres nous font à chaque fois chaud au cœur. A Cantao, 2 possibilités s'offrent à nous, on peut rejoindre Hornopiren soit en passant par la montagne (45 km), soit en longeant la côte (94 km) mais avec moins de côtes, moins de circulation ; on opte pour cette solution malgré la longueur du trajet. La cote est magnifique. Nous traversons des villages de pêcheurs avec des maisons en bois P1030743.JPG

 

et de jolies petites églises colorées, en bois d'alerce.

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 On se croirait vraiment sur l'ile de Chiloé. Les gens ramassent des algues et les font sécher avant de les vendre pour en faire des plastiques, des shampoings. Le matin, ils ramassent des coquillages, beaucoup de couteaux; des praires.

P1030797On s'approche du hameau où habitent les amis des gens rencontrés à Pétrohue, ils sont devant leur maison : vous êtes Andrea ? Immédiatement on nous fait entrer et on se retrouve attablés devant un gouter. On est invités à passer la nuit ; elles nous font chauffer de l'eau pour nous laver ; Andrea et Nena sont traiteurs et sont entrain de préparer un banquet pour le lendemain à Hornopiren. Après une bonne douche, je me régale à les aider ;

 

P1030539 on passera la nuit chez elles et le lendemain, elles nous emporteront nos sacoches à Hornopiren, ce qui fait qu'on fera les 90 km légers et qu'on se retrouvera le soir, invités au lunch, présentés au maire d'Hornopiren. La municipalité offre des maisons à des familles pour la modique somme de 280000 pesos c'est à dire, 440 euros ; ils ne doivent pas la revendre avant un délai de 5 ans. On se quittera avec beaucoup d'émotion : « nos vemos.... ». P1030580

 

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Bateau pour Caleta Gonzalo ; on a 5 heures de traversée dans des fjords surplombés par des montagnes coiffées de glaciers, c'est magnifique. On débarque et on doit pédaler pendant 10 km pour rejoindre une autre anse. Chemin caillouteux, très vallonné ;

 

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autre bateau, tout un banc de dauphins suit le bateau. Arrivés à Caleta Gonzalo, le chemin est très mauvais, ça monte et ça descend sans arrêt avec des cailloux qui roulent sous les roues , on doit souvent pousser les vélos, c'est dur.

 

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Nous traversons une rainforest surprenante et luxuriante dans le parc national Pumalin, recouverte de cendres par endroit suite à l’éruption du volcan Chaiten. D’ailleurs il fume encore ce volcan…. L’océan pacifique borde les fiords du parc. Les volcans ont façonné ce parc : montagnes verticales, forêts jusqu’au sommet, lacs aux pieds des volcans, lago Negro, lago Blanco. Toujours aussi magnifique. !

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Le soleil chauffe à nouveau nos mollets avec un petit vent dans le dos. A vélo, pour garder le sourire, il n’y a guère mieux, c’est trop bon ! On pédale dans une forêt d'alerce. Alors qu’en France les arbres sont centenaires, les alerces  sont millénaires. Certains ont survécu plus de 3 000 ans à l’homme et à la nature. Quel mérite !

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IL fait chaud et humide dans ce parc. Nous sommes envahis de taons énormes, par milliers, ils tournent autour de nos têtes. Juste horrible comme sensation ! Impossible de s'arrêter de pédaler, il n'y a que le vent qui les empêchent de se poser sur nous. Moucherons, taons, moustiques rivalisent de stratégie pour atteindre nos parties visibles.

On prend une petite sente qui mène sur une plage, histoire de faire une pose pique-nique et là … 2, 3 maisons, une pancarte « empanadas de mariscos », ça semble irréel ; je frappe à la porte, zut, la dame n'en a plus, je repars déçue, elle me rappelle : ola ! Quieres jaivas ? Et elle me tend un plat avec 2 énormes crabes qu'elle vient de faire cuire. A table !!!

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On s'installe sur la plage, la mer devant nous, un banc de dauphins vient s'amuser au bord de l'eau ; elle est pas belle la vie ?

Les kilomètres qui nous rapprochent de Chaiten ne sont pas drôles, le chemin est très mauvais et la forêt est triste ; de grandes bandes d'arbres morts à cause de l'éruption volcanique du volcan Chaiten en 2008. La ville a été déclarée ville morte par l'état du Chili et une partie ressemble à une ville fantôme, figée par une couverture de cendres.

P1030654 La population n'a pas voulu partir et les gens reconstruisent petit à petit le village, c'est stupéfiant. Le village reprend vie. On rencontre une dame qui était prof de français. Elle a été licenciée parce que le collège avait fermé, maintenant il a réouvert mais elle doit attendre 5 ans pour retrouver un emploi après un licenciement, bizarre, alors que c'est le gouvernement lui-même qui l'a licenciée...

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On quitte Chaiten par une belle route goudronnée sur 35 km, le pied, d'autant qu'il pleut et qu'il pleuvra toute la journée. On passe près des thermes El Amarillo ; on s'arrêterait bien mais l'étape est trop courte...On file, la tête dans les épaules ; les cuisses et mollets non pas finis de chauffer... On passe la nuit dans une cabane dans les bois, on fait tout sécher, on repart requinqués.

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P1030683Beau soleil le lendemain ; on est au bord du lac Yelcho, dominé par le glacier du même nom. Région montagneuse, beaucoup de forêts et de fougères géantes, certains sommets sont enneigés.

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De grosses côtes et parfois des petites descentes ; on passe Villa Santa Lucia, bourg très moche , on croise un jeune chilien, Italo, qui pousse son vélo avec une remorque. Il a explosé sa chambre à air et marche depuis 100 km parce qu'il n'en a pas trouvé à acheter. Bien sûr on lui donne notre chambre à air de rechange, il refuse, nous disant qu'on va en avoir besoin, mais bien sûr on la lui donne presque de force et il nous donne un sac de pommes glanées en route.

Bivouac à Villa Vanguardia, joli petit village patagon avec ses maisons en bois.

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On campe sur l'herbe dans le village, une dame nous vend des œufs ; le coin est très beau ; toilette de chat à la rivière, il fait très froid. On s'installe dans la cabine téléphonique pour manger en compagnie des gens qui attendent un coup de fil ; elle est grande, il y a même un banc pour s'assoir. On tape la causette, c'est très marrant. Le matin, il fera 2 °, la tente est toute mouillée, on attend que le soleil arrive jusqu'à nous pour partir.

P1030744Paysage de montagnes patagon, sommets enneigés à 2000m, quelques jolies maisons de bois entourées de prés verts avec des vaches dodues, des moutons, des chevaux, bien sûr.

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 Le chemin est inégal avec des gros trous parfois si bien que dans les descentes, si on va un peu vite, on ne les voit qu'au dernier moment et on passe sur une série de 3 ou 4 trous à la file, ça secoue sacrément, nous et les vélos.

3 vélos posés sur le bord du chemin : 2 Suisses et 1 Chilien qui se font la popote ; ils viennent de pêcher un poisson et se le font cuire avec de la crème accompagné de pâtes ; ils se font la popote tous les midi. On mange avec eux et on passe une heure très chouette. On est au bord du lago Rozi, très sombre. On continue jusqu'à Puyuhuapi, on rencontre un cyclo à vélo couché qui vient du Pérou et va aussi jusqu'à Ushuaïa, Grégor, il est polonais et enseigne à la fac de Lima, on le reverra plusieurs fois. Puyuhuapi est une jolie petite ville au fond d'un fjord, crée par des Allemands ; toutes les maisons sont en bois avec les façades recouvertes de tuiles en bois. On est interpelés par 2 cyclo voyageurs, ce sont Julie et Jean-Baptiste qu'on avait croisés à Puerto Varas il y a 15 jours. On fera route ensemble pendant quelques jours.

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 Les étapes se succèdent, on avance bien malgré le ripio et les longues bavantes : hier 62km, aujourd'hui 73 km. On longe le fjord de Puyuhuapi toute la journée, c'est très beau.

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De la jungle tropicale aux cascades et  fjords, on admire les beaux paysages  qui s’offrent à nous.

Villa Manihuales, une fumée noire à l'entrée du village ; les habitants font bruler des pneus et bloquent la route pour manifester contre les salaires trop bas, le prix exorbitant de l'eau, la santé qui va mal, les pêcheurs qui gagnent trop peu ; les gens nous disent qu'ils sont mécontents parce que la Patagonie semble être complètement délaissée et n'intéresse pas le gouvernement. Une file de voitures est bloquée des 2 cotés mais les manifestants nous laissent passer.

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La casa de cyclistas nous attend, où Jorge et sa famille nous accueillent chaleureusement : lit, douche, coin repas On retrouve Julie et Jib, et plus tard dans la soirée, débarquent 2 américains, un suisse et un allemand. Il y a de la place pour tout le monde. Jorge est pasteur et accueille tous les cyclo-voyageurs qui passent par là ; tout le monde se fait passer le mot ce qui fait que sa maison ne désemplit pas. Soirée géniale, bien arrosée.

 

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                      la casa de los ciclistas à Villa Manihuales

 

Le peloton international reprend la route le lendemain chacun à des moments différents. Arrivée à Coyhaique sous la pluie, 90 km plus loin. Et là on se pose pour 2 jours.

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      l'araucaria, arbre symbole de la Patagonie

 On voudrait mettre nos bottes de 7 lieues pour faire un saut en bus jusqu'à un peu avant Puerto Bertrand mais il n'y a plus de carburant , les routes sont bloquées et les manifestants empêchent les camions d'approvisionner les stations services ; plus aucune voiture ne roule. On a fait ce tronçon l'an dernier et de le shunter nous ferait gagner 5 jours.

Merci pour vos messages qui nous font toujours autant plaisir. 

 Un gros bisou à tous.

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durand francis 29/02/2012 21:01

Si j'ai bien compté sur la carte , il y a 300km jusqu’à Puerto Bertrand, une bricole, Suzon ne soit pas trop pressée d'arriver à Ushuaïa, moi je veux bien aller te les faire ces 300 kms ...D'une
année à l'autre on peut voir les choses autrement, mais si vous avez du mauvais temps , de la pluie en l’occurrence, c'est beaucoup moins marrant, mais depuis vous avez du faire du chemin .... Si
on enlève l'araucaria , on vs croirais ds les alpes et puis toutes ces rencontres c'est super, beaucoup de cyclo-voyageurs font cet itinéraire apparemment. On a toujours beaucoup de plaisir à vous
lire, profitez bien surtout que le plus beau est à venir .... bises Francis.

Pom 25/02/2012 20:21

C'est très beau tout ça mais moi je m'ennuie de vous .Pom

Huguette et Daniel Moreau 25/02/2012 11:58

Hola,

Quel plaisir que celui de vous lire, avec une pointe d'envie et de nostalgie...Vous nous faites revivre des atmosphères connues il y a deux ans mais qui sont restées très présentes. Nous espérons
que vous pouvez profiter encore de l'été austral avec sa lumière si particulière. Nous suivons votre itinéraire et votre progression dans ces belles régions sauvages et- parfois hostiles quand on
est à vélo !!
Pédalez bien. Nous attendons la suite...
Que os vaya bien !
Huguette et Daniel

Mimijolie 23/02/2012 17:49

Je m'interroge: êtes-vous vraiment en Patagonie??? Je crois reconnaître un petit port breton ici, un village germain là, un fjord norvégien là-bas... Seuls les beaux mollets galbés de ma Suzon
montrent qu'elle fait vraiment du vélo (et pas seulement manger...)
Moi aussi je me régale à la lecture du périple... même si vous n'êtes peut-être que de l'autre côté du Rhône!!!)
Résumons et soyons sérieux: ça semble costaud, génial, rempli, fort, beau, émouvant etc etc... Grosse bise énorme, Mimilajolie

Joss 23/02/2012 13:05

Coucou , je vois Suzon que tu ne peux pas t’empêcher de mettre la main a la pâte même en Patagonie . Très belles photos et super rencontres , je vous envie assise a mon bureau . J'ai de bonnes
nouvelles de Colombie , tout va très très bien pour la Juju . Gros bisous . Joss